âme d’aventurier et brochettes de boeuf citronnelle

Le voyageur d’aujourd’hui, admirateur de Bear Grylls, se veut animé du même esprit téméraire.

C’est dans cet état d’esprit que, méprisant les ruelles touristiques du vieux Siemreap, j’ai hélé un moto-doubt ( taxi-moto). Immémorial exercice du marchandage à l’asiatique : Il m’annonce le prix de la course. Je le divise par trois.  Indignation. Sourire. Palabre et on s’accorde sur la moitié de la somme.

Direction ?   » l’éloignement » lui dis-je, majestueusement.  Regard septique du chauffeur.

 » vers le Tonlé Sap  » ai-je finalement précisé.

Nous voilà donc partis  sur une piste improbable et cahoteuse.  Après quelques kilomètre à se tordre le dos et à serrer les dents, un groupe de bicoques sur pilotis se présente. L’état de délabrement me convient. Mais ce qui a attiré mon regard, c’est un stand qui supporte des mets.. indéfinissables: Darnes de serpent fumé, brochettes de lézards  et viande de croco boucané ( à la mode khmère..)

Main sur les hanches, poitrine bombée, je commande de tout. Le chauffeur, goguenard, croise les jambes, secoue la tête et s’allume une cigarette. J’imagine qu’il est admiratif..

Mais la vendeuse semble incrédule. Imperturbable, je réitère ma commande et l’encourage de la main. Elle regarde le chauffeur. Le chauffeur hausse les épaules. La vendeuse insiste. Le chauffeur hausse encore les épaules. Elle abandonne et finit par confectionner une sorte de cornet en papier journal et pioche par-ci par-là. Voulant faire l’indigène, je lui demande un peu de sauce. Elle improvise un dip avec du citron et un peu de sel.

J’attaque devant temoin :  C’est.. infect !

La seule saveur est celle qui comble mon ego. Je commence à regretter d’en avoir commandé autant. « J’emporte le tout, dis-je, contrôlant difficilement un haut-le-coeur. Heu, j’en mangerais en route.. »

De retour à la guesthouse, une violente tourista me retourne le ventre. Trousse à pharmacie de l’aventurier:  imodium, gaviscon, smecta, doliprane, baume du tigre..tout y passe.

Après une nuit agitée, ça va beaucoup mieux.

Pour le déjeuner, je me contente des ruelles de la villes. Attentif à ne pas rencontrer le chauffeur, je m’arrête prudemment devant le stand bondé d’un vendeur de brochettes:

– 2 brochettes de boeuf-citronnelle et un coca, s’il vous plaît monsieur.

Je sors de mon sac une solution hydro-alcoolique et me nettoies consciencieusement les mains.

J’apprendrais plus tard, par des amis cambodgiens, que ces mets si exotiques étaient pleine de poussières et qu’ils étaient destinés à être vendu à des commerçants thai, qui eux,  l’aurait laver et cuisiner en friture ou en bouillon pour éliminer tous risque d’intoxication.

Et comme le vendeur me sourit, je me dépêche d’ajouter:

 » Monsieur!, les brochettes, bien grillés s’il vous plaît ! « 

Rassuré, je regarde les touristes qui s’extasie devant les pattes de poulets, les anguilles et les crevettes d’eau douces.

Au Laos, Mouhot se servait de la citronnelle pour éloigner les moustiques. Et je crois me souvenir que Bear Grills, en Chine, avait parfumé un poisson-chat avec de la citronnelle. Après tout, ça ne pousse pas en France, c’est exotique et il n’en vende pas au KFC du coin. Oui ! oui! La brochette de boeuf à la citronnelle, c’est déjà l’aventure.

Une réflexion sur “âme d’aventurier et brochettes de boeuf citronnelle

  1. Quel beau texte sur les brochettes à la citronnelle 😊
    Tu devrais écrire de plus longs textes!!!!😉
    Bonne continuation

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