Baume du tigre, petit bobo et élément d’identité culturelle

Toute mère de famille asiatique qui se respecte garde dans sa pharmacie ce fameux baume du tigre.  C’est une panacée. On s’en sert indifféremment  pour les maux de tête, les foulures, entorses, plaie légère, douleurs au ventre et j’en passe.

Je dis bien asiatique, car si on interroge un khmer, un thaï, un vietnamien ou un chinois sur l’origine du baume, la réponse sera invariablement la même: il vient de chez nous!

Car il ne soulage pas seulement les petits bobos des enfants sages, il a une seconde vertue plus subtile: il apaise les vagues à l’âme du nationaliste en goguette. Le baume appartient à son patrimoine culturel. Ce qui sous-entend qu’il est exclu de celui des autres. Et quand on connait la qualité première du nationaliste, à savoir la tolérance, on comprend que le sujet est sensible.

Ce n’est pas aussi spectaculaire que les ruines de Preah Vihar ou les îles au large de Kep, mais il peut briller d’un certain éclat. Une jolie starlette thaïe s’était amusée à débattre sur le style architectural de l’ensemble d’Angkor et de l’influence réciproque des cultures khmères et thaïs.

Qu’a-t-elle dit au juste ? Elle n’a jamais remis en cause le fait que le site d’Angkor se trouvat sur le territoire khmer. Mais elle suggéra que l’histoire s’était nourris aussi bien de batailles que d’échanges commerciaux et culturels. Ce qui est vrai en soi. Mais cela fut considéré comme une tentative de déstabilisation de l’identité khmère. Du coup, on ne la trouvait plus aussi jolie, ni plus aussi starlette!

De cela, 2 leçons à retenir:

Quand on n’est pas historien ou architecte mais seulement starlette, mieux vaut éviter les sujets délicat, où l’air se rarifie.

Seconde leçon:

un patrimoine culturel peut diviser ou unir selon les cas et selon les interlocuteurs.

Et c’est là que le bât blesse.  Combien d’horreur a-t-on commis au nom de l’appropriation d’un patrimoine ? Comme si l’identité d’une personne en dépendait .

L’identité n’est pas un objet matériel.  Quelle sorte identité ai-je si elle s’ébranlait au moindre ressac de la bêtise? Qu’ont obtenu les talibans en détruisant les Bouddhas de Bamyan? Rien. Les bouddhistes, tout compatissant qu’ils sont, ne leur ont même pas adressé un regard. La peur est du côté taliban.

Mais pour en revenir au baume, 2 anecdotes:

Enfant, avec un ami, on s’était amusé à faire une chose intelligente: se défier et sauter de branches en branches sur l’arbre  devant sa maison: Evidemment, il y a eu chute, hurlements, larmes et bobos ! Sa mère accourt, affolée. Ce n’était pas grave! mais elle m’a littéralement masser tout le corps avec le baume du tigre. Mon ami est laotien et je suis cambodgien. J’aurais pû être thaï et lui vietnamien. J’aurais eu droit au même traitement.

Récemment une vieille dame a dû subir une opération lourde et incertaine au vue de son âge. Et malgré toute la technologie médicale moderne, des semaines d’inquiétude pour ses proches. Elle parlait des médecins et de leur savoir avec un vocabulaire étonnement fleurie…Excèdée, elle exigea alors de son fils qu’il lui apporte sa baume du tigre (datant au bas mot de 10 ans !)Et cela eut un effet miraculeux! Les douleurs s’atténuèrent peu à peu, son état général s’améliora et elle quitta l’hôpital quelques jours plus tard.

Il n’y a eut probablement qu’un effet placebo, sa force de caractère ayant fait le reste. Mais comment expliquer à une vieille dame, qui a souffert à ce point qu’un baume traditionnel ne peut pas avoir vaincu un cancer ?

Mais au fond, est-ce important? Aujourd’hui elle passe ses journées dans son jardin, à parler à ses chères fleurs.

De même, est-ce important de savoir si le baume est d’origine thaï, khmer ou chinois ?

Toutes les mères asiatiques ont le baume dans leur pharmacie pour soigner les petits bobos des enfants sages. Et les vieilles dames voueront toujours à cette crème odorante une foi inébranlable. Et elles continueront à le faire . Et ce, malgré les verbiages d’une starlette, la thèse savante d’un historien ou le discours creux d’un médecin.

2 réflexions sur “Baume du tigre, petit bobo et élément d’identité culturelle

  1. Excellent article… personnellement, j’enlèverai le paragraphe sur la politique.

  2. je me souviendrai toujours lorsque Deng, un laotien, m’a mis du baume du tigre sur la gorge et qu’il a frotté cette crème avec une pièce de 20 centimes pour décoller le « mal » disait-il, mon cou a été rouge pendant une bonne heure, ça m’a fait un peu souffrir, mais dès le lendemain, ma voix était redevenue normale, alors que j’étais aphone et je ne toussais plus, alors oui, je crois en les diverses vertus accordées par les Asiatiques à ce baume! merci 🙂

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